Sablage de Plancher – La fin des vernis à l’huile?

LA QUASI-TOTALITÉ DE CES VERNIS POUR PLANCHERS DÉPASSENT LA LIMITE D’ÉMISSIONS NOCIVES QUE VEUT EXIGER OTTAWA.

Protegez-vous-juin 2009

HABITATION| Vernissage de planchers
par Stéphan Dussault et interview de Robert Contant.

Protégez-Vous  Juin 2009

Au téléphone, Aline Bergeron rit, mais ce n’est pas drôle.
«Quand nos gars reviennent d’une grosse journée où ils ont appliqué du Cristal, ils ont une haleine de vernis», dit l’adjointe administrative de Sablage Bergeron, une entreprise de Montréal qui rénove les planchers de bois franc. Les coupables: les composés organiques volatils (COV), utilisés dans le vernis comme solvants afin de garder au produit sa forme liquide jusqu’à son application. Par la suite, les COV s’évaporent et le vernis durcit graduellement. Selon le Dr. René Blais, directeur médical du Centre anti-poison du Québec, «les vernis qui contiennent des solvants peuvent être nocifs au moment de l’application et pendant qu’ils sèchent». Quasi dépourvus de COV, les vernis à base d’eau sont donc moins dangereux.

Sablage de Plancher – La fin des vernis à l’huile?Limiter les dégâts

Benzène, toluène, xylène, on suspecte les dizaines de solvants organiques de causer plusieurs problèmes de santé, du mal de tête au cancer en passant par l’évanouissement et les troubles pulmonaires. On sait aussi que les COV génè- rent du smog, un problème croissant dans les grandes villes. Or, 26 % des émissions de COV attribuables aux produits de consommation proviendraient des peintures et des revêtements comme les vernis. Bref, la table est mise pour y mettre un frein. C’est du moins le vœu du ministère canadien de l’Environnement. «Jusqu’à ce jour, les autorités canadiennes ont compté uniquement sur des mesures volontaires pour réduire les émissions de COV provenant [du secteur des produits de consommation], mais il convient désormais de mettre en place des mesures plus efficaces et plus fiables», écrivait le ministère en 2006. Entre deux élections, un projet de règlement a été déposé. Au ministère, on espère le mettre en vigueur l’an prochain. Un chiffre à retenir: 350, qui risque d’être le maximum de grammes de COV permis par litre (g/L) dans le cas des vernis. Le gouvernement cherche ainsi à s’arrimer aux normes de plusieurs États américains. Selon les données d’Environnement Canada, seulement 13 % des vernis à base d’huile respecteraient cette norme. L’un des produits les plus populaires sur le marché, le Varathane Professionnel, en contient «moins de 500 g/L» selon son fabricant. «Nous allons le retirer du marché et non tenter de modifier la formule pour respecter la norme», dit Rhoda Williams, chef de marque de Rust-Oleum, le fabricant de Varathane.

Seule exception: les «vernis de conversion» utilisant des solvants spécifiques à base d’alcool, dont le maximum de COV permis sera de 725 g/L, comme aux États-Unis. Parmi eux se trouve la marque Synteko Classic, très populaire auprès des entrepreneurs. Selon le fabricant, le produit génère 525 g/L de COV. Parmi les produits les plus nocifs, on trouve ceux de la catégorie des moisture cure (ils ont besoin d’un taux d’humidité élevé pour bien durcir), dont fait partie le fameux Cristal. «Ce produit tue les plantes en les déshydratant. Ça te fait littéralement sortir l’eau du corps quand tu l’appliques», assure l’entrepreneur Robert Contant, qui l’a utilisé pendant 25 ans. Non vendu dans les grands centres de rénovation, le Cristal est à ce point puissant que l’entrepreneur doit demander aux clients de vider leur frigo et leur garde-manger avant de l’appliquer, au risque que les aliments prennent le goût du vernis.

Sablage de Plancher – La fin des vernis à l’huile?Nouveaux et (vraiment) améliorés

Comme d’autres entrepreneurs, Robert Contant n’a pas attendu l’entrée en vigueur du règlement pour cesser d’utiliser ce produit. «De toute façon, on trouve aujourd’hui des vernis à l’eau de meilleure qualité que les moisture cure», dit-il. La mise au point de meilleurs polyuréthanes fait que les vernis à base d’eau ne sont plus synonymes de produits bas de gamme. Certains sont même beaucoup plus résistants que les versions à l’huile. Lesquels? Là est la question! Dans ce qu’on appelle le test Taber, une méthode normalisée et reconnue dans l’industrie, une roue munie d’un abrasif frotte le vernis. Selon les résultats de ce test, le Varathane Professionnel à l’huile figure parmi les produits les moins performants. À l’opposé, le vernis à l’eau Fini-tech 9000, de la compagnie québécoise Finitec, serait environ 60 fois plus résistant. Le meilleur produit de Varathane vendu dans les grandes surfaces, le vernis à l’eau de marque Nano Defence, est environ quatre fois plus résistant que le Varathane Professionnel, soit à peu près à égalité avec le vernis à l’eau Fini-tech 3000 et le vernis à l’huile de type Cristal, reconnu depuis des décennies pour sa durabilité.

Dans la vraie vie, ces résultats signifient, par exemple, que vous devrez réappliquer le Varathane Professionnel tous les quatre ans en moyenne comparativement à sept pour le Nano Defence, estime Rhoda Williams. Ce dernier, cependant, vous coûtera plus cher.

Sablage de Plancher – La fin des vernis à l’huile?Concurrencer les huiles

Par ailleurs, grâce aux nouvelles recettes de polyuréthanes et aux additifs comme l’oxyde d’aluminium qui améliorent la durabilité du produit fini, les vernis mats sont désormais aussi résistants que les vernis brillants. Résultat: les vernis mats concurrencent maintenant les huiles pour planchers. Pour ceux qui apprécient l’aspect rustique du bois, les huiles de lin ou de tung (ou abrasin), par exemple, étaient jusqu’ici difficiles à battre. Leur grand défaut: l’entretien, l’huile devant être appliquée régulièrement, parfois deux fois par année, dans les endroits passants.
Le vernis mat élimine cet entretien fastidieux tout en offrant un fini comparable aux yeux de plusieurs.

Robert Contant (450) 602-1238
84, DeKoninck, Mille-Isles, QC, CA. J0R 1A0